On en parle tellement et à tous propos qu’on se demande vraiment de quoi il s’agit?

L’innovation se différencie de la recherche qu’elle soit fondamentale ou appliquée, en ce sens qu’elle est essentiellement le fruit d’une combinaison différente d’objets (processus, outils, études, organisations…) préexistants.

L’idée nouvelle vient de personnes qui sont du métier ou domaine concerné qui vont, par réflexion, ou par hasard, utiliser différemment et de manière plus efficace ou même plus efficiente des outils (au sens générique), pour faire mieux. L’innovation vient le plus souvent de personnes qui sont dans la pratique « métier » et dans une position hiérarchique de collaborateur et non de manager ; c’est ce que l’on appelle l’innovation participative.

Peut-on décréter de devenir innovant ? La direction d’une entreprise peut-elle décider du jour au lendemain de devenir une entreprise innovante ? A mon sens non.

L’entreprise doit auparavant mettre en œuvre les conditions nécessaires à l’émergence de l’innovation dans l’ensemble des structures de l’entité considérée afin de distiller auprès des collaborateurs que « c’est possible » pour les désinhiber et leur permettre d’oser proposer leurs idées.

Car en fait, quel que soit le type de structure, les relations de hiérarchie ne permettent pas l’expression libre des collaborateurs pour ce qui concerne les processus métiers (paradoxalement sans doute moins que les conditions de travail qui sont portées par les représentants du personnel ou syndicaux).

Pourquoi ? Parce que la limite entre la critique et la proposition d’amélioration est ressentie comme très étroite à la fois par la hiérarchie et par les collaborateurs qui souhaitent rester dans la posture confortable de « on a toujours fait comme ça et ça marche bien ».

Le risque d’échec de la fausse bonne idée inhibe tout particulièrement celui qui n’ose pas. La culture de la réussite qui irrigue nos racines latines doit laisser la place à la culture de l’essai qui n’est pas toujours transformé mais devient une source d’apprentissage. C’est une vision et un mode de management à l’anglo-saxonne qui a fait dire à un grand capitaine d’entreprise :  « ne me proposez pas de collaborateurs qui n’ont jamais échoué ».

A un moment où presque toutes les strates de la société, dont l’école au sens large souhaitent redonner un sens à l’apprentissage et à l’étude, comment faire cohabiter deux injonctions apparemment contradictoires que sont les valeurs (tradition) et l’innovation (renouveau, modernité) ?

Les armées sont un très bon exemple de cette coexistence : elles ont toujours cherché à innover afin d’être à la fois plus performantes (matériel de guerre plus précis, plus efficace, modalités logistiques adaptées, processus formalisés, cursus des ressources humaines formatés…), et moins couteux en victimes (de son camp), et en budget, mais conservation de traditions et de valeurs qui soudent le groupe.

Des structures destinées à favoriser l’innovation « participative » ont été progressivement crées dans les armées à partir des années 2000, pour favoriser les bonnes idées issues de la base, et aussi faire plus vite que les programmes d’armement axés sur les matériels lourds (aéronefs, chars, bateaux, missiles…) que sur les petits matériels jugés moins urgents.

A cette époque le ministère a créé une structure, la mission pour l’innovation participative dotée d’un petit budget destiné à aider les projets des armées et services.

Dans chaque armée des outils simples ont été mis en œuvre, et en particulier dans l’armée de l’air : une directive, une charte, un processus, des référents sur chaque base aérienne (sur volontariat), et une chaine courte de remontée d’informations. Le site intranet air a développé une page mettant à l’honneur les bonnes idées et leurs auteurs.

Une campagne d’information a été lancée sur les bases aériennes et dans les commandements et la petite équipe (appuyée par un réserviste) a entamé un tour de France des bases pour expliquer de quoi il s’agissait. En peu de temps, les projets air se sont multipliés et ont pu bénéficier de subventions pour se développer.

Parmi ces nombreux projets peu couteux, on peut citer les maquettes crées par une équipe afin de permettre l’entrainement des pilotes avec leurs jumelles de vision nocturne, un éclairage de piste sommaire à énergie solaire, la transmission en direct d’images de forces spéciales en intervention…

Depuis peu, fort de ces expériences, le ministère des armées a créé l’agence innovation défense, l’innovation y a gagné ses lettres de noblesse, mais l’idée de l’innovation participative est restée la même.

Pour favoriser l’innovation interne les entreprises doivent en organiser l’éclosion. Le terme nouveau d’intrapreneuriat doit être expliqué afin de faire comprendre ce qu’il recouvre. Il s’agit en fait de permettre aux collaborateurs de développer leurs idées à l’aide de moyens financiers, mais aussi en leur accordant le temps nécessaire pour le faire. Miser sur l’innovation interne (participative) génère une belle fidélisation des collaborateurs, mais permet aussi de faire émerger des idées simples à mettre en œuvre car issues de la base et permettant à l’entreprise de progresser.

Le revers de la médaille est toutefois qu’il n’existe pas encore de statut juridique de salarié -entrepreneur et que tout est à inventer. Il existe des salariés qui sont entrepreneurs en dehors de leur employeur principal, avec des clauses de non concurrence qui sont obligatoires, mais là il s’agit sans doute de créer le statut d’entrepreneur salarié dont le produit de l’innovation (gain financier pour l’entreprise) serait à négocier en direct en fonction du rapport à l’entreprise (de son investissement consacré à ce sujet), sous forme de stock-options ou encore de primes.

Une étude est à faire en tenant compte des aspects de fiscalité, d’assurances, de responsabilités. L’innovation sera alors juridique et consistera à organiser des nouveaux schémas et règlements  simples à mettre en œuvre. Mais l’innovation peut concerner tous les domaines dans l’entreprise, depuis les aspects métiers, commerciaux, gestion et ressources humaines.

De nombreux écueils seront toutefois à éviter et en premier lieu la frilosité voire l’animosité de collaborateurs qui n’auront pas eu l’idée de l’innovation.

Pour susciter l’innovation il faut structurer à minima, communiquer pour désinhiber, permettre le développement des meilleurs projets (une commission de sélection est indispensable), et surtout, féliciter, y compris celui ou celle qui n’a pas transformé l’idée.

Enfin, il faut intégrer un axe INNOVATION dans la stratégie de l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée.