Au risque d’aller à l’encontre des croyances actuelles et de battre en brèche les nombreuses publications bien pensantes sur le sujet, la qualité de vie au travail, nouveau terme pour parler des conditions et de l’ambiance au travail, me semble se dégrader.

La surenchère de ces nouvelles méthodes destinées à attirer et fiabiliser les talents et à améliorer la performance des équipes ne fait que cacher la dure réalité de l’augmentation de la pression exercée sur les personnels par des managers déjà débordés et plus enclins à regarder les résultats chiffrés que l’état physique et psychologique de leurs équipes.

Quelques chiffres pour illustrer cette triste constatation : d’après l’enquête MALAKOFF MEDERIC, en dix ans nous sommes passés de 40 à 60 % de personnes stressées et à l’inverse, le pourcentage de salariés très motivés est passé de 40 à 20% !

A l’heure de l’arrivée massive de produits dérivés de l’intelligence artificielle il y a de quoi se demander si le facteur humain est encore une valeur sure et si oui, comment le préserver ?

Dans un monde du travail « augmenté » par les moyens numériques, l’homme doit s’adapter pour rester concurrentiel. Oui mais à quel prix ? Comment les managers peuvent-ils s’assurer de la motivation et de l’engagement fort de leurs équipes sans les user jusqu’à l’épuisement avec pour corollaire l’arrêt maladie, la démission, ou pire le suicide alors qu’ils doivent légalement assurer la bonne santé de leurs collaborateurs ?

Au début des années 2010, la maîtrise des risques psycho sociaux -RPS, est devenue une obligation légale et de nombreuses actions ont été lancées à cet égard que ce soit par les administrations ou les entreprises. Le mal être de certains en a-t-il pour autant été diminué ? Les pervers et harceleurs de tous niveaux en ont-ils pour autant arrêté leurs méfaits ?

La nouvelle vague s’attache davantage au bienêtre au travail, décliné de diverses manières, le paroxysme de cette mode étant la création de postes de « chief happyness officer » anglicisme oblige quand on veut lancer une nouveauté.

Certains managers usent et abusent de gadgets qui sont censés améliorer les ambiances et la vie au travail (babyfoot, cours de yoga, fruits offerts au quotidien, applications qui fournissent de nombreux services…) ce qui en soi n’est pas condamnable, mais en oubliant le recours aux fondamentaux de base, connus depuis des décennies : un employé se sent bien quand il dispose d’un espace de travail satisfaisant et que son manager qui lui fait confiance sait l‘accompagner tout au long de l’année.

En fait, quand son manager dispose de qualités reconnues essentielles pour tout leader depuis la nuit des temps, et qu’il sait :

  • Installer une relation de confiance avec ses collaborateurs et apprendre à les connaître
  • Favoriser leur autonomie en leur confiant des responsabilités
  • Créer un esprit d’équipe et assurer le retour d’expérience
  • Faire progresser ses personnels et faire en sorte qu’ils apprennent de leurs erreurs
  • Proposer une vision d’avenir construite ensemble et partagée

Mais ne croyez surtout pas que ces bonnes actions pour organiser une vie meilleure dans l’entreprise ou l’administration sont à balayer d’un revers de main ! Non, il faut juste que cela ne soit pas l’arbre qui cache la fôret et que les managers assument leur rôle premier qui est de motiver et de soutenir les collaborateurs dans la durée…